Interview de Yvon Le Maho

7 septembre 2018
 

Ecophysiologiste, Directeur de recherche émérite à l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien/ CNRS/ Université de Strasbourg, Membre de l’Académie des Sciences, Yvon Le Maho fera le 3 octobre à Strasbourg, dans le cadre de la « semaine Grand hamster », une conférence sur l’enjeu majeur que repésente la biodiversité. Il nous explique pourquoi nous devons tous nous sentir concernés.

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Yvon Le Maho, Ecophysiologiste Directeur de recherche émérite à l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien/ CNRS/ Université de Strasbourg, Membre de l’Académie des Sciences

Yvon Le Maho, Ecophysiologiste Directeur de recherche émérite à l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien/ CNRS/ Université de Strasbourg, Membre de l’Académie des Sciences

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que la biodiversité et en quoi est-il important de la préserver ?

La biodiversité n’est pas seulement un assemblage d’espèces mais un ensemble d’interactions. Quand il y a équilibre, le bénéfice que nous en tirons n’est pas toujours évident. C’est lorsque cela ne fonctionne plus qu’on arrive à comprendre le rôle de telle ou telle pièce de l’écosystème. Par exemple, il a malheureusement fallu des inondations répétées pour que l’on réalise que les zones humides ne sont pas des zones insalubres mais jouent un rôle tampon en cas de fortes précipitations et que leur suppression a de graves conséquences.

La biodiversité nous rend d’innombrables services. Les productions agricoles dépendent étroitement de la diversité microbienne des sols, de la résistance des variétés cultivées aux ravageurs et aux aléas météorologiques, de la bonne santé des populations de pollinisateurs. Les pêcheries reposent sur l’intégrité des écosystèmes aquatiques. L’approvisionnement en eau de qualité dépend largement de la biodiversité, de la capacité des sols cultivés et de leurs abords à limiter la pollution jusqu’au fonctionnement des écosystèmes microbiens que constituent nos stations d’épuration. A cela s’ajoutent de nombreuses régulations. Outre le rôle protecteur des zones humides contre les inondations, celui des couverts forestiers contre l’érosion ou celui de rafraichissement des zones urbaines par la végétation. N’oublions pas l’atténuation des effets du changement climatique par des écosystèmes diversifiés qui sont les plus résilients face à l’élévation de température et à des événements extrêmes. La biodiversité constitue ainsi une protection face aux effets attendus (et souvent sous-estimés) du changement climatique. Elle est également la source majeure d’innovation biomédicale, 70 % de nos médicaments ayant pour origine une molécule végétale.

Comme nous l’avons écrit dans une récente tribune du journal « Le Monde », l’érosion de la biodiversité nous concerne tous car la biodiversité n’est pas une collection de timbres-poste mais le tissu de la vie dont nous faisons partie !

 

Faut-il protéger les espèces en voie de disparition et quelle est la meilleure façon de le faire ?

Depuis leur origine, les sociétés humaines exploitent et modifient de multiples manières leur environnement physique et biologique. La dégradation récente de la biodiversité reflète largement des impacts directs des activités humaines tels que la destruction, la modification et la fragmentation des habitats par l’agriculture, la déforestation et l’urbanisation, la surexploitation des espèces sur les continents comme dans les océans et la multiplication des espèces invasives. Depuis plusieurs dizaines d’années, nous assistons à la disparition de nombreuses espèces. En Alsace par exemple, la disparition du Grand hamster est un indicateur de la qualité du milieu. Il ne sert à rien de relâcher des individus si l’habitat n’est pas adapté. Il y a nécessité de restaurer l’habitat avant tout car ce genre d’espèce, dite sentinelle ou encore parapluie, nous alerte par sa disparition sur la disparition de tout un écosystème.

Ces déséquilibres ont également un impact sur l’activité humaine. La disparition de la biodiversité dans les champs indique une mauvaise qualité des sols, il faudrait peut-être chiffrer le coût que cela représente pour mieux sensibiliser le monde agricole à ce problème. En ce qui concerne la sylviculture, le revenu forestier a diminué d’environ 20% en Alsace. Une explication à cela est le trop grand nombre de cervidés qui empêche la régénération naturelle de la forêt. Il n’y a plus de grands prédateurs !

La biodiversité est un ensemble complexe et fragile, nous avons besoin de continuer à mener des recherches pour mieux comprendre et mieux préserver. Cela peut paraitre un peu alarmiste mais il faut le dire, préserver la biodiversité c’est aussi préserver l’humanité. Nous devrions tous être concernés.

 

Conférence « La préservation de la biodiversité un enjeu majeur pour l’Alsace »
3 octobre à 18H30
Auditorium de la BNU Strasbourg
Entrée dans la limite des places disponibles

 

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